dimanche 25 janvier 2015

Janvier. Encore.


Yves Montand dans ma stéréo. Les Feuilles mortes. Morbide.

 

Je ne songe qu’à ce mur de briques. Des briques blanches encrassées par le refus d’yeux de s’y poser.

La poussière s’amasse dans les coins.

 

Crasse.

 

Les briques se rapprochent, menaçantes dans leur blancheur immaculées, crachées du sang de votre trahison.

 

Mes entrailles sur le parquet mal ciré taché de peinture pourpre. Vomissures oubliées.

 

J’imagine un piano dans le lointain.

 

Lorde. Where is the greygoose?

 

Gorge nouée, viscères à nu. Seul mon reflet dans la vitre embuée de givre me dit que j’existe encore. Peut-être.

 

Le tremblement de ma main trahit ma dyslexie. Abandon avec deux d. Comme dans descente, dépression, divergence, Dumas, dyslexie.

 

Les briques se perdent dans les tuyaux, méandres d’une plomberie gelée.

 

Ventilation. Asphyxie.

 

L’écho de mon cri de muette meurt contre la vitre des passants dont les corps s’amoncèlent sur Saint-Laurent.

 

Cassé.

 

Les fils de mon ventre sont noués.

 

Nuit. Monologue interminable. Eternelle outsider.

 

Vous m’avez trahie.

 

Gloria. Toujours. Gloria.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
©Eve Mangin, 25 janvier 2015

jeudi 1 janvier 2015

Je suis une chèvre.


2015.

 

Nouvelle année.

 

Année de la chèvre.

 

Je sors davantage. Je fais des rencontres. J’évolue.

 

Dans quel sens? Comment? Le moi de 2015 sera-t-il un prolongement cohérent?

Sous la douche, les idées fusent. C’est le relâchement des tissus sous la chaleur de l’eau qui fait ça, que je me dis. Et là, nue, je me demande quel est mon mot?

 

Hier, dans une foule de corps, j’étais…l’artiste, la québécoise. Je pense d’ailleurs que c’est la toute première fois que l’on me collait cet adjectif sur le front.

Et dans les vapeurs de Dove, ma tête s’éparpille. Qu’est-ce qu’être artiste? Un être créateur? Dans les bulles de savon. Ne sommes-nous pas tous des être créateurs? Et si je créé, n’est-ce pas purement égocentrique? Mes émotions, l’ouragan intérieur  que je porte doit se déverser. Un drain. Sous mes pieds mouillés. C’est mécanique.

En quoi ce déversement de pleurs, de crasse et de larmes de corps est-il artistique? Revendicateur? Créateur?
 

Écrivains, photographes, musiciens, danseurs, comédiens, cinéastes, réalisateurs, peintres, sculpteurs, ce type qui a songé à ma senteur de Dove, ne sommes-nous pas tous identiques? En quoi ma plume me définit?

Ne suis-je plus que ma plume, ou mon corps par lequel se régurgitent des morceaux d’âmes? Des monceaux d’humanité.

 

J’écris ces lignes et m’aperçois de la forme constante de l’interrogative.

 

Je reviens de l’expo au Musée des Beaux Arts sur les impressionnistes, expressionnistes. Die Brücke. Affirmation. Profession de foi. Où est perdue la flamme de la jeunesse pour se fourvoyer ainsi en questions sans queue ni tête?

 

Je me lis et me dégoûtes.

 

Pourquoi 2015 ne serait-elle pas l’année de ma proclamation? Me questionnai-je encore par la foutue interrogative.

Alors, au lieu de questionner sans fin, de te demander pourquoi crées-tu? Pourquoi ce besoin de lecture et d’évasion?

 

Crée. Écris. Danse. Ressens. Vis.

 

Profession de foi.

 

2015

vendredi 2 mai 2014

Lettre à nous.


Lettre à nous

 

Que te dire? Que je t’aime?


Tu le sais déjà. Qu’importe de le redire? Tout et rien. Je sais ce que l’on a et tout le bonheur que nous pourrions avoir, et, oserais-je dire, que nous avons?


Pour une raison que j’ignore, tu as peur de toi. Peur de toi, peur d’admettre tes sentiments, peur de réaliser que ce qui a été n’est peut-être plus. Pourquoi? Faut-il un fautif? Faut-il un scandale? Des cris? Des pleurs? Non.

Parfois, les choses arrivent sans que l’on sache d’où elles sont apparues, mais il nous faut les accueillir à bras ouverts puisque la vie les a mises sur notre route, pour le mieux, toujours.


Sache et apprend mon cœur, que rien n’arrive pour rien. Jamais.
 

Nous ne nous sommes pas choisis, nous sommes arrivés, simplement. Laisseras-tu tes craintes te paralyser toute ta vie et te cloîtrer dans l’inertie par crainte de vivre? De ressentir? De prendre tous ces risques merveilleux?

Tu as déjà vécu tant de belles choses, de plus ardues aussi, mais dans l’impasse du contentement du statut quo, te retrouves-tu encore un être sensible et passionné? Je te connais tel. Je ne souhaite pas le mutisme et les chaînes à cet homme. Je ne veux pour lui que liberté, félicité et plénitude. Avec moi? Peut-être. Peut-être pas. Mais là n’est pas la question, nous le savons tous les deux.


Je ne connais aucun remède si ce n’est celui de s’écouter. Mais quand t’es-tu entendu pour la dernière fois? Toi, si merveilleux pour te faire taire?


Je ne te souhaite que le courage d’avouer tes sentiments. Quels qu’ils soient. Il n’y a pas de sentiments faux. C’est pour cela qu’ils me fascinent. Ils sont toujours criants de pureté et se battront jusqu’à ce qu’ils aient vaincu. Je ne crois pas en la raison toute-puissante. Elle ne cause que le malheur. Pire. L’étouffement. L’inertie. La conscience du faux que l’on se force à tolérer. Pourquoi?


Rien n’est trop beau. Rien n’est trop fou. Il suffit d’admettre. Admettre. Puis agir.

 

À nous.

 

Montréal, le 2 mai 2014.