mardi 1 novembre 2016

Un appartement peint de frais

Novembre. La pluie bien sûr. Elle est nécessaire pour s’accorder avec ma vie. Il fallait que je sorte, que je m’exile de la poussière, du plâtre, du bordel que nécessite un appartement peint de frais. Et je me languis. Et je m’abat. Je pleure. J’ai les tempes qui cognent. 
Laisser le temps faire son ouvrage. Attendre. La poussière finira par retomber, avalée, l’aspirateur passera. En attendant, il pleut, je suis exilée, les tempes cognent. Je suis seule. Je dois me ménager, respirer, lentement, apprendre la patience, sinon, c’est mon amour que je perds. Qui s’envolera. Et mon amour ne pourra plus me consoler. Car j’aime. Oui, j’aime. Et mon amour ne tolère pas les drames, les cris, le stress. Mais, mon amour, la vie parfois s’effondre sur nous, elle nous étourdit, j’ai besoin de reprendre mes esprits. Assommée. Besoin de recul. tu peux m’aider mon amour, tes mots à toi, même entendus mille fois déjà, tes mots à toi pèsent plus lourd. N’aies pas peur de les dire ces mots, ils ne sont pas vains. Chuchote-les moi à l’oreille, là, tout bas, tes lèvres contre mon cou. Si je n’entends pas, ne te fâche pas mon amour, répète-les moi plus fort ces mots que j’ai tant besoin d’entendre. Ne perds pas patience mon amour, crie-les moi ces mots, hurle-les moi, crache-les moi s’il le faut, il n’y a que de toi que je les entendrai. Prends patience mon coeur. Tu es plus patient que moi. Il n’y a que de toi que je puisse apprendre. 

J’avancerai. J’écouterai. J’apprendrai. J’apprends. Avec toi. Jour après jour mon amour. Oui. J’apprends. 


vendredi 28 octobre 2016

Sujet de composition: un boulevard parisien vers 16 heures de l’après-midi.

Je marche seule sur le boulevard. Octobre. Les feuilles mortes jonchent les pavés, étouffent le claquement régulier de mes bottines. Il a plu ce matin. Des trombes. Les pavés qui ne sont pas enfouis de rousseur reluisent d’un nouvel éclat. La rue est déserte. Boulevard Haussmann est muet. Je suis la première dehors. Dans quelques heures à peine, les lampadaires s’illumineront, la nuit sera décorée de mille éclats chatoyants. La rousseur ternie de cet instant sera chatoyante. Quelques badauds égarés viendront peut-être rappeler au boulevard que se sont des hommes qui l’ont bâti. Il est né des hommes et à 16 heures aujourd’hui, il s’en moque bien. Boulevard Haussmann tapissé de roux, sentant la pluie, l’herbe grasse, la terre riche, la poêlée de champignons que l’on dégustera ce soir, tous les deux. 

En cet instant, je suis seule. Je tiens à le rester. À vivre en esprit, tout en sensations si vives qu’elles me transpercent, vivre, revivre ce boulevard Haussmann désert que nous arpentions jadis main dans la main. T’en souvient-il? En ce temps-là, étions-nous amis? Étions-nous amants? Ou mieux encore, cet entre-deux adorable où les mots sont dérisoires. Nous étions. Quel souvenir! Si vif qu’il me hante encore. Ce boulevard que je revisite à chaque fois qu’il pleut et que ferme les yeux. Car, je me souviens que la pluie cessera, que je sortirai, que Haussmann embaumera la rousseur, l’herbe grasse et la terre riche, que tu viendras prendre ma main, que Haussmann s’illuminera pour nous. En cet instant, je suis seule et je vis en esprit ce boulevard Haussmann que je chéris, ce boulevard Haussmann que j’ai vu il y a un an, que j’ai revécu, qui m’a brisé le coeur. Haussmann désert en octobre, encore plus cruel aujourd’hui, puisque c’est de nouveau octobre et que tu n’es pas là.

J’ai regardé la pluie tomber hier, j’ai regardé la pluie tomber, je me suis souvenu. Je me suis souvenu qu’il y a un an, j’ai aimé. Boulevard Haussmann. J’ai marché. Après la pluie. J’ai toujours aimé la rousseur. C’est ta chevelure que je retrouve jonchée au sol, éparpillée comme sur autant de coussins. 

Octobre. 


mardi 27 septembre 2016

"Un cappuccino pour Mademoiselle."

 « Un cappuccino pour Mademoiselle. » 

Ai-je donc une parcelle de ce charme féminin qui m’obsède tant? 

J’aime être seule, de cette solitude qui se veut discrète et qui, par le fait même, s’étale avec grâce aux yeux de tous. La beauté simple, vraie, sans artifice. La beauté de la jeunesse suspendue qui repousse vainement l’heure où il lui faudra se faner. Et je fane déjà pourtant. Je le sens. Je le sais. Je ne suis pas belle. Je suis jeune. Je connais ma fragilité. La fragilité de la jeunesse. Cela me rend charmante. Du moins, j’ose le croire. 

Je ne suis pas pressée. Je ne suis pas mariée. On pourrait presque croire…une jeune fille encore. Mon assurance me trahit. J’ai l’assurance d’une femme. Les gestes. Le regard me trahit. Je ne suis plus une jeune fille. 

Est-ce que je serai là encore dites-moi? À trente ans. Dans cinq ans…Pas pressée. Pas mariée. À me faire offrir un café puisque, c’est bien connu, on offre toujours des choses aux jolies femmes. Aux jolies filles. Je ne suis pas jolie pourtant. Alors quoi? Cette assurance toute construite d’artifices?… Cette assurance des gestes, cet aplomb dans le regard, presque gentiment effronté, ces mirages séducteurs appris puis décalqués, ces gestes qui ne sont pas les miens, serait-ce donc cela? 

Une main de femme, élégante, raffinée, quelques taches peut-être ici et là, à peine perceptibles, des taches qui bruniront, s’élargiront, finiront pas l’engloutir cette main qui trace des lignes inégales sur du papier ligné. Cette main qui porte une tasse à ces lèvres. 


« Un cappuccino pour Mademoiselle. »



by Robert Mapplethorpe