samedi 5 décembre 2015

Paris me donne envie d'être amoureuse

Je veux être amoureuse. Sentir mon coeur palpiter dans toutes mes veines. Au bout de mes doigts, sentir les frissons de sa peau. Avoir peur de ne plus jamais le revoir. Rêver de sa bouche sur la mienne. Pleurer de rire. Pleurer d’amour. De ce trop-plein de lui qui me chavire à chaque seconde. Le passion de chaque instant renouvelée, parce que c’est toi. Parce que c’est nous. La romance à son paroxysme. Vivre de toi. Vivre de nous. Du nous dévoilé à nos yeux d’enfants ébahis. Ton passé, mes aventures, tout ça balayé, oublié. Il n’y a que ton souffle désormais, qui se mêle au mien. Nos coeurs en parfaite unisson créeront les plus belles symphonies. Cet amour despotique, tout-puissant. Cet amour destructeur qui ne nous laisse que nous. Nos bras enlacés. Nos cheveux tissés dans le même lit, éparpillés sur le même oreiller. Cette rage d’amour, comme je voudrais qu’elle m’habite, me ronge tout entière, ne me laissant qu’un ardent brasier aux tripes. Qu’il me consume, me permette d’oublier qu’avant toi, je n’existais pas. Me damner pour toi sans même en avoir conscience. La conscience tue l’amour. Rêver de toi les yeux grand ouverts. Ressentir plus cruellement ton absence que ce manque d’oxygène qui brûle mes poumons lorsque pour toi, dans ma baignoire, je me noie, ces soirs où tu étais avec celle, Elle, qui partageait ton alliance d’or. On se quittera comme on se sera aimés. Se consumant d’amour, de manque et de douleur. Car ce jour viendra où je ne t’aimerai plus. Une romance laissée inachevée. Oui. Maintenant je le sais. Tu es plus romantique que moi. 


mardi 1 décembre 2015

Transatlantique.

Au café. 
Il n’y a qu’à Paris que l’on a des cafés comme cela, où l’on s’engueule avec le serveur et que peu importe nos aptitudes à la joute, on en sortira défait et le serveur glorieux, insolent  au possible nous rapportera la commande qu’il aura dictée pour nous. Un café à Paris, c’est crème ou noisette. Je me suis sentie conne. Et si je ne veux ni l’un ni l’autre? Ici, tout est tranché, blanc ou noir, Parisien ou étranger, crème ou noisette. Point barre. C’est surement pour cela que les gens s’engueulent si souvent à tue-tête. Y’a pas de gêne. Si je gueule, je suis. Descartes remix. Ah…c’est beau Paris…Le charme de l’insolence. Mon charme. Ici, je suis étrangère, je suis native. Comme partout. Je suis la caméléon de la faune parisienne. Montréal, Paris. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Est-ce que cela a de l’importance? J’ai cessé de vouloir savoir. Savoir à tout prix. Maintenant, c’est la longue route de l’acceptation. Accepter que ce petit ton supérieur, voire arrogant, je m’en excuse, est le mien. Que ce côté tranché et passionné à la fois, c’est le mien. Ces airs minauds, ces gestes étudiés, ce langage choisi, enjolivés, cette grâce du corps, c’est la mienne. Cette joie de vivre aussi, cette simplicité, cette générosité, ce coeur des gens du Nord, c’est la mienne aussi. Pourquoi trancher? 
Je suis à Paris. Après des années. Et aujourd’hui enfin, je veux concilier. Je suis transatlantique. Je ne veux pas choisir. Je suis un enfant de l’amour. Un enfant du hasard, un enfant désiré. Je suis belle parce que les mélanges font de beaux enfants. Le chemin de la conciliation passe par Paris. À Paris je suis. À Paris je rêve de Montréal, des décorations de la rue Saint-Denis, de la petite neige qui va tomber doucement sur nos têtes nues. À Montréal, je rêve d’art, de ruelles pavées, d’histoire, de siècles qui manquent à mon jeune pays fleur de lysé. Concilier. Voyager. Là est la réponse. Cesser de choisir. 
Je ne veux pas choisir. 
La société te demande un lieu de naissance, une appartenance, une famille, un nom qui a des racines. J’en ai deux. Deux passeports. Un arbres aux racines doubles. Transatlantique. La force me vient de mes deux sources. Deux racines. Alors, ne me demandez pas de choisir. Vous me voyez étrangère partout. Je suis chez moi partout. 
Ces rues pavées, cette Sainte-Catherine, cette Notre-Dame, ces Quai des Brumes, ces Champs-Élysées sont miens. J’y suis chez moi. La couleur de mon langage est reflet de mon âme tricolore surmontée d’une fleur blanche immaculée. Ma langue est ce que je suis. Je suis fière de mes pays, je suis fière de ma famille. C’est la toute première fois que je l’écris. 

Vous êtes ce que j’ai de plus cher. Racines transatlantiques, je vous réconcilie enfin.   


mardi 31 mars 2015

Bouffée


Fume-moi.

Cette âcreté au bout de tes doigts, c’est moi.

Cette envie irrésistible du soir qui t’oppresse le cœur, c’est moi.

Cette nausée qui te prend, c’est moi.

Cette haleine ocre, c’est moi.

Ta compagne et ta pire ennemie, c’est moi.

 

Fume-moi.

Ce mégot qui danse sur tes cheveux enfumés,

Ce désir d’étreindre et d’étouffer,

Cette pulsion de mort qui te fait vibrer,

Cette volute bleutée qui s’échappe de tes lèvres entrouvertes,

C’est moi.

 

Ton prolongement, ta finition, ton insignifiance,

C’est moi.

 

Le goût de ton café,

L’aigreur de ton vin,

L’insomnie de tes nuits,

La satisfaction soumise de tes réveils,

Tes pulsions,

Tes désirs,

Tes orgasmes,

C’est moi.

 

Moi.

Moi qui danse au bout de tes doigts.

Moi que tu jettes, aussitôt consumée

Aussitôt remplacée.

 

Fume-moi. Fume-moi.

Jusqu’à la lie.

Fume-moi.

Fume-moi.

Puis oublie-moi.